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Déclaration CER Bretagne décembre 2011

Déclaration UNSA Cheminots au CER Bretagne  du 22 décembre 2011

 

Monsieur le Président,

Le 11 décembre dernier, les horaires ont changé. Les médias après avoir cherché à dramatiser cette journée titraient « pas de Big Bug pour le Big Bang ». Au-delà de la recherche du titre qui claque, c’est surtout la reconnaissance de la réussite de l’organisation mise en place. Et si le Big Bug n’a pas eu lieu, personne n’a relevé que le professionnalisme des cheminots pouvait y être pour quelque chose. Que n’aurions nous pas entendu dans le cas contraire ?

Car comme toujours les Cheminots se sont beaucoup mobilisés pour que le passage d’un service à un autre se passe le mieux possible.

Comme toujours, leur conscience professionnelle a permis de pallier aux écueils de toute sorte.

Bien sûr, le nouveau dispositif horaire a tout de même entraîné des mouvements d’humeur chez les usagers mais la présence d’un grand nombre de Cheminots (qu’ils soient de service ou volontaires) a permis de canaliser la grogne.

Comme quoi, lorsque du personnel en nombre est présent, les incivilités se réduisent.

Reste à savoir si les choses se passeront aussi bien dans l’avenir. Les premiers ajustements au plan de transport n’auront lieu qu’au mois de mars. D’ici là il faudra proposer un service optimal car autrement la SNCF et les Cheminots ne manqueront pas d’être dénigrés

Il importe donc à la direction de dimensionner en conséquence les effectifs des établissements liés au service voyageurs.

Ce contexte très technique de changement d’horaire a presque fait passer sous silence l’arrivée de nouveaux trains de la concurrence comme Thello. La nouvelle société créée conjointement par Veolia Transdev, opérateur privé, et Trenitalia, la société publique des chemins de fer italiens a confié à des cheminots retraités la conduite de ses premiers trains privés transportant des passagers entre Paris et Rome, ainsi qu’entre Paris et Venise.

A noter que Thello est présent sur le marché français avec des locomotives louées à Alkiem, une filiale de la SNCF.

Le premier train privé a quitté la gare de Lyon pour Venise à 21 h 30 le 11 décembre, le jour du nouveau Service Annuel mis en œuvre à la SNCF. Certains y ont vu le choix de jouer la provocation.

Ce n’est pas forcement le cas, car tout est lié. La chose est plus claire si l’on sait que jusqu’en début d’année, la communication de Réseau Ferré de France (RFF) présentait un argumentaire associant le cadencement généralisé du réseau ferroviaire à l’ouverture à la concurrence du trafic des grandes lignes. Dans un but purement mercantile et bien éloigné des grands principes normalement dévolus à un établissement public, RFF annonçait ainsi son désir de préparer le terrain aux entreprises ferroviaires privées.

En tête des documents, pour justifier les changements d’horaire, RFF invoquait « une mise en place progressive de la concurrence, qui demande plus de lisibilité et de transparence dans l’allocation de capacité ».

Cette communication a été modifiée suite à l’intervention de l’Association des Régions de France (ARF) qui voyait dans ce cadencement un désengagement pour le transport régional. A l’approche de l’élection présidentielle, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a ensuite tenté d’atténuer les aveux de dérégulation du rail en exprimant que la priorité des bouleversements liés aux nouveaux horaires doit être la robustesse du réseau ».

Exit donc la communication de RFF, mais le fond reste le même. Le but de tout ceci n’est pas une amélioration du service aux usagers ou bien de meilleures conditions de travail pour les Cheminots.

Le but est de servir sur un plateau le transport ferroviaire aux entreprises du CAC 40.

Nombreux sont ceux qui désirent répondre aux chants des sirènes. Des politiques, comme certains Présidents de Conseils Régionaux n’ont pas caché que la concurrence n’est plus un tabou pour eux.

Pourtant l’arrivée de la concurrence, si elle est probable n’est pas forcement inéluctable. Des voix se font entendre pour affirmer que la concurrence n’apporte aucun volume supplémentaire et même parfois crée un retour en arrière pour les usagers.

Pire, l’éclatement du système ferroviaire peut amener des dysfonctionnements majeurs qui grèveront les coûts et risqueront de mettre en péril non seulement la qualité de service mais aussi la sécurité.

L’UNSA-Cheminots, au-delà de tout dogmatisme a organisé un séminaire le 23 novembre dernier sur le thème de la concurrence. Les invités, entre autres des représentants de la SNCF dans les instances européennes, de Proximités ou le délégué général de l’Union des Transports Publics se sont exprimés. Mais bien sûr nous avons pu faire de même et il est utile de faire entendre notre positionnement hostile à la démarche d’ouverture tout azimut à la concurrence. Cela s’appelle résister ! On peut le faire de différentes formes : en se repliant sur soi-même et risquer d’être inaudible ou bien en adoptant une participation active aux débats.

L’UNSA-Cheminots s’est engagée dans cette deuxième voie en espérant que la Direction SNCF s’engage elle aussi en résistance contre la concurrence. Rien n’est jamais écrit à l’avance sauf si on l’accepte.

Un autre sujet sensible est la GPEC.

L’UNSA Cheminots, signataire de l’accord en cours sera bien présente dans les débats. Ceux-ci s’ouvrent dans un contexte particulier, chargé d’enjeux politiques importants sur l’avenir du ferroviaire en France et de la place que la SNCF doit y occuper.

Pour l’UNSA, la GPEC est un élément central de la gestion RH de l’entreprise.  Elle a aussi un impact direct sur la carrière et la vie quotidienne des agents. C’est pourquoi, l’UNSA Cheminots veillera particulièrement à la qualité et au nombre des actions proposées par l’entreprise dans le cadre de l’accord.

Après lecture du projet, nous constatons le transfert de la responsabilité  de la GPEC vers les branches et domaines. L’UNSA Cheminots, farouchement attachée à l’entreprise SNCF intégrée, s’est toujours positionnée contre ce principe de gestion. Nous regrettons amèrement de n’avoir pas été entendus, la Direction nous imposant un choix stratégique discutable, privilégiant la finance à l’humain. 

Quelles que soient les orientations stratégiques de l’entreprise, un pilotage fort de la DRH corporate s’impose. L’UNSA Cheminots dénonce la méthode employée qui consiste à vider les régions de leurs missions et prérogatives.  L’UNSA Cheminots s’oppose à tout ce qui sera susceptible de traiter les agents de façon discriminante ; nous sommes et nous resterons très attachés à une gestion de proximité de l’emploi et des carrières ainsi qu’à la mobilité fonctionnelle choisie, dans le respect des dispositions statutaires.

Les préconisations des Assises du Ferroviaire viennent d'être remises aux ministres concernés le 15 décembre 2011.

Après trois mois de réunions et d’auditions, essentiellement entre « experts « dits qualifiés, les travaux ont abouti sans surprise à des résultats attendus par les ministères.

Ces « experts » préconisent donc une nouvelle réforme du système ferroviaire avec comme gouvernance le retour à un GI unique et des perspectives de l’ouverture à la concurrence ayant pour conséquences :

- le démantèlement de la SNCF à court terme,

- la casse du statut des cheminots sous couvert d’harmonisation sociale,

- les menaces formulées sur l’avenir de9 000 kms de lignes.

C’est une remise en cause du service public SNCF qui se profile derrière ces prises de position.

C’est à partir de ces résultats que le gouvernement envisage de légiférer avant le22 février 2012 et d’ouvrir des négociations sur un abaissement des conditions sociales visant à favoriser l’ouverture à la concurrence.

Pour l’UNSA Cheminots ces préconisations ne répondent en rien aux problèmes dont souffre le service public ferroviaire français:

-          l’insuffisance d’engagement financier de l’Etat à l’origine de la dette, les défauts de ressources financières à l’origine du mauvais état du réseau classique.

-          L’absence de régulation de la concurrence avec la route et la stratégie suicidaire de Fret SNCF n’ont jamais été abordées…

Les conclusions de ces travaux ignorent les véritables enjeux qui sont posés en matière de transport ferroviaire, qu’on peut résumer ainsi : répondre aux besoins grandissants des usagers

Et aux exigences de report de la route vers le rail du fret par un transport ferroviaire de

Qualité, fiable, ponctuel avec un niveau de sécurité maximal. Ce sont pourtant à ces problèmes que doivent répondre les évolutions d’un système ferroviaire dans le cadre d’un service public de haut niveau.

Je terminerai cette déclaration en vous souhaitant à tous et à toutes vos familles de passer de bonnes fêtes de fin d’année. J’espère que pendant cette période nous oublierons nos soucis respectifs et aborderons l’année 2012 pleins de force et de vigueur.

Merci de votre attention.