Lorient. Les chefs de gare privés de sifflet !.

Lorient. Les chefs de gare privés de sifflet !.
Sans sifflet ni guidon de départ -le panneau blanc à la bande verte verticale- le chef de gare a l'impression d'être dirigé vers une voie de garage
Les chefs de gare ne donnent plus le signal de départ des trains en Bretagne depuis le 12 décembre. Supplantés par les contrôleurs, les casquettes blanches s'interrogent sur l'avenir de leur profession. Reportage à Lorient.
C'est sans doute un détail pour les voyageurs qui ne prêtent pas attention au coup de sifflet noyé dans le flot de messages diffusés par les haut-parleurs sur les quais. Depuis la mi-décembre en Bretagne (*), le signal de départ des trains n'est plus donné par le chef d'escale - le chef de gare à la casquette blanche pour le grand public - mais par le contrôleur. La direction de la SNCF justifie ce changement de procédure par une adaptation à la réalité des convois: «Auparavant, avec les trains Corail, il y avait plus de tâches de sécurité. Mais elles ont disparu avec le TGV et le TER. Cette modification libère les agents sur les quais qui ont désormais une plus grande disponibilité pour s'occuper de la sécurité et de l'accueil des clients». Mais cette décision de leur couper le sifflet est restée en travers de la gorge de plusieurs agents.
«Un projet mal ficelé»
«Du jour au lendemain, on leur dit: tout ce que vous avez fait ne vaut plus rien! C'était leur coeur de métier: la sécurité des voyageurs et la ponctualité des trains. C'était aussi la tâche la plus noble et la plus visible des casquettes blanches», souligne la CFDT qui dénonce «un projet mal ficelé et de graves erreurs de communication». Du côté de la gare, la colère affleure derrière les discours convenus et résignés. «La sécurité est laissée de côté. Il était plus logique que l'agent sédentaire donne le départ comme on maîtrise tout l'environnement sur le quai. On sait si d'éventuels voyageurs ont des problèmes ou risquent de poser des problèmes. Et comment un contrôleur, souvent seul dans le train, peut-il à la fois s'occuper du départ tout en répondant au flot de demandes des voyageurs qui montent à bord?».
«La reconnaissance du public»
Et un autre chef d'escale ajoute, désabusé: «Après le service fret, c'est le service voyageurs que l'on démantèle! C'est la fin des cheminots. La direction parle de clients, nous, on parle d'usagers». Sans sifflet ni guidon de départ -le panneau blanc à la bande verte verticale - le chef de gare a l'impression d'être dirigé vers une voie de garage. «C'est vrai que c'était un geste noble qui générait une certaine reconnaissance mais, aujourd'hui, ils ont la reconnaissance du public», déclare la direction de la SNCF qui conteste toute dévalorisation de la fonction.
(*) Il conserve cette prérogative dans les seules gares de Rennes et Redon où le trafic est plus important.
- Patrick Hernot Le Télégramme.com

